UN NOMADE EN CHINE : HAMED… !

nomadeenchineTrès pénétrantes, ces couleurs, ces ombres, ces lumières…  Elles changent d’aspect, d’impactes… selon les humeurs, selon le regard qu’elle croise, comme une musique jouée en concert tout en variant de rythme suivant les différentes sensibilités artistiques dans le public. En effet, l’auteur du tableau, l’artiste plasticien Hamed, est capable de tracer des nuances, des reliefs… insaisissables. Chacun les lit à sa façon, en respectant toutefois cette touche esthétique personnelle qui fait l’âme de toute œuvre. Je ne chercherai donc pas à ‘’expliquer’’ son message ou sa ‘’vérité’’, et encore moins à ‘’dévoiler’’ ses ‘’secrets d’artiste’’ : je dis tout simplement que son œuvre me plait.

J’aurais bien pu me contenter de cette petite phrase ou même d’un seul mot, comme ferait tout nouveau marié de chez-nous, follement amoureux, quand, au premier contact physique intime avec son épouse, il exprime sa satisfaction en lançant sur un ton enluminé d’érotisme et de sensualité :  » hamed  » (حامَدْ ), c’est-à dire ‘’j’en suis vraiment ravi’’.

J’ai cependant envie d’évoquer davantage comment le tableau m’interpelle. Et j’ai du mal à trouver le verbe pour le dire ; alors que mon désir d’exprimer mes sensations est plus fort que ma peur de rater les mots justes. J’y cède donc.

La toile de cet artiste mauritanien me parle effectivement si fort, au point que j’ai le sentiment qu’être nomade c’est devenir quelque part un caméléon qui évolue dans la forêt d’une âme riche en faunes invisibles. Le caméléon se nourrit de papillons imperceptibles, qui voltigent, de fleur en fleur, de rose en rose, aux cimes d’arbres et de plantes imaginaires. Ils dansent au rythme de battement des rêves mouvants qui illuminent les journées et les nuits de l’habitant du désert. Leurs ailes émettent une musique mystique, silencieuse, douce, nourricière d’amour, de liberté, d’espoir, de craintes. Ses notes et sonorités sont l’immensité, sont le mouvement, sont le désert, sont l’infini, sont la foi… Elles irriguent l’esprit du nomade, lui fournit l’énergie necessaire à sa quête inassouvie pour sonder l’horizon, pour fouler de nouveaux territoires… pour aller toujours plus loin dans ses espérances, dans ses croyances…

Hommes enturbannés, femmes voilées, dromadaires harnachés… tentes dressés, verres de thé servis avec attention, objets ou outils pour bedoins… tous y fusionnent avec fierté et pudeur. Ils en épousent les formes, colorant cet environnement désertique, à la fois austère et généreux. Ils lui donnent un teint de mirage, couleurs de leurs attentes ou illusions, plus ou moins bleues selon la rareté ou l’abondance de l’eau et des pâturages.

Leur être en parle sans exagération, et les traits discrets de leurs visages timides complètent son expression profonde qui défie le temps et l’espace.

En accompagnant de son imagination fertile ce paysage rustique, aussi simple que riche, l’artiste suit le même cap : il danse affectueusement sur les mêmes rythmes, aussi sourds qu’évocateurs. Comme un caméléon, il en épouse les couleurs, les dessine avec son propre pinceau, en y mettant tout son cœur.

Dans son bel élan, il entraîne le lecteur avec lui dans un voyage poétique. Tous deux parcourent un univers de mémoire infinie, peint aux couleurs chaudes du sable de mon pays.

Ô comme il est inspirant, le désert de la Mauritanie !

Beijing, septembre,  2015

El Boukhary Mohamed Mouemel pour adrar-info.net

©rimculture septembre 2015

Les commentaires sont fermés