L’accord de Paris n’est pas mort, mais………. !

eclimatCertains observateurs considèrent déjà Bonn, comme un échec, mais c’est ignorer que cette COP23, n’a jamais été perçue autrement que comme une étape intermédiaire dans la mise en œuvre de l’accord de Paris ». Elle se devait de travailler à l’ébauche d’un rule book fixant les modalités, les étapes et les objectifs devant permettre à l’accord de paris d’atteindre tous ses objectifs. Il n’était nullement attendu de cette rencontre un Accord tonitruant.

La COP23 n’aura pas brillé par de grandes décisions si on sait l’urgence climatique que vivent déjà plusieurs nations, mais force est tout de même de constater que des avancées notables ont été enregistrées durant cette conférence. D’abord l’humanité sort de cette COP 23 avec la certitude que l’Accord de Paris n’est pas mort, avec la décision Trumpienne de retirer les USA, mais aussi avec la certitude que la mise en œuvre de l’Accord de Paris requiert beaucoup d’engagements et de courage politique de la part des autres leaders de ce monde.

Cette COP 23 a vu l’influence américaine se délitait, avec notamment la présence de deux Amériques. Celle de l’administration Trump qui a fait profil bas durant ces négociations, tout en tentant de retarder au maximum le processus, poussant certains activistes à demander son exclusion pure et simple des négociations.

L’autre Amérique désireuse de prouver qu’il y a beaucoup de voix américaines contre les politiques anti-climatiques de Trump. Leur rapport « America’s Pledges » a montré comment leur coalition de villes, États et entreprises représentait plus de la moitié de l’économie américaine, les emmenant à réclamer un siège à la table des négociations sur le climat, ouvrant de facto la question de l’implication des acteurs non étatiques dans la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Cette conférence aura vu une vingtaine de pays de l’OCDE, prendre l’historique décision de sortir graduellement du charbon, une énergie fossile polluante, d’ici 2030. Ceci réduirait grandement les émissions mondiales et surtout si on arrivait à convaincre d’autres économies à forte émissions telles que l’Allemagne, la Pologne, l’Australie et l’Inde à rejoindre cette Alliance.

La question du respect des engagements pré-2020 ont été au cœur de tensions entre pays développés et pays en développement. En effet avant même l’accord de Paris, plusieurs pays avaient pris l’engagement de réduire conséquemment leurs émissions, ce qui n’a pas été fait jusqu’ici. Certains états développés ont tout fait pour éluder la question durant ces négociations, mais la ténacité des négociateurs des pays en développement ont poussés les pays développés à réaffirmer cet engagement et à le faire apparaitre dans le texte final de la COP23.

La question des finances climatiques cristallise des divergences profondes entre pays développés et pays en développement, notamment sur les questions liées à la transparence et à la redevabilité. Comme ce fut le cas lors de la COP22, les négociations de cette session ont enregistrés des évolutions significatives dans l’élaboration du « Paris Rule Book », qui à terme établira les règles et procédures techniques nécessaires pour réaliser l’ambition de l’Accord de Paris. Il s’agira d’encadrer de façon précise la définition du cadre des engagements pris par les pays, la notification des efforts liés à l’adaptation, la publication transparente des mesures prises lors du «Bilan Intermédiaire» prévue en 2023.

Malgré la réaffirmation de leur volonté de se retirer de l’accord de Paris, les USA restent disposés à assister les PMA dans leurs politiques d’adaptation, ce qui laisse à penser que la décision de l’administration Trump n’est pas irrévocable.

A côté de ces avancées notables, de vraies questions de fond restent en suspens. Cette COP a aussi clairement laissé entrevoir l’absence d’un leadership affirmé, même si il faut noter les velléités chinoises de se profiler comme une alternative crédible pour prendre le lead de l’action climatique mondiale.

Le Talanoa Dialogues proposé par la présidence fidjienne doit résoudre toutes ces questions d’ici à la COP prochaine, qui se profile clairement comme une COP de vérité. En effet à travers ce processus de consultations plusieurs étapes devront conduire à des réponses claires aux problématiques soulevées un peu plus haut avec un rule book opérationnel.

Entretemps la rencontre de Paris (décembre 2018) qui devra permettre d’avancer sur la question des financements sous la houlette de Macron. En septembre 2018 le California Climate Summit permettra d’évaluer le chemin parcouru surtout en termes de mobilisation et d’inclusion des acteurs non étatiques dans le processus de mise en œuvre de l’accord de Paris. Voilà autant d’étapes qui nous mènerons vers Katowice (Pologne), qui accueillera la COP24 perçue comme la COP de vérité. Il est impérieux que Katowice ne soit pas qu’une COP de plus, dans la mesure où l’on sait déjà que les engagements actuels ne couvrent qu’un tiers des réductions nécessaires, que les états insulaires et sous-développés subissent déjà les affres découlant des effets des changements climatiques, et ont besoin de ressources pour faire face. Il est devenu impératif d’intégrer les pertes et préjudices au cœur des négociations, ce d’autant plus que le WIM (Warsaw international mechanism for loss & damage), ne semble pas être à mesure de couvrir les pertes incommensurables déjà enregistrées.

L’humanité est en ordre de marche pour lutter solidairement contre les effets des changements climatiques, il est temps que cesse le verbiage diplomatique et qu’émerge un leadership fort. Il est aussi impérieux que des pays comme les nôtres s’inscrivent résolument dans la promotion d’une économie verte à haute valeur ajoutée, en mettant à profit notre immense potentiel en énergies renouvelables, mais aussi en se positionnant clairement sur toutes les niches qu’offrent actuellement les mécanismes de financements internationaux.

Nous nous devons d’être créatifs et avant gardistes quant à nos propositions. Il incombe dès lors aux autorités publiques, aux collectivités locales et à la société civile mauritanienne de travailler à la mise en place de cadres opportuns devant permettre au pays de tirer pleinement son épingle du jeu, pour une Mauritanie résiliente et émergente.

Moussa Elimane Sall Coordinateur de la Rim Youth Climate Movement

©rimculture novembre 2017

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